C'était un 27 septembre. Avril Lavigne venait de fêter ses seize ans avec ses parents. Avec ses cheveux teintés blonds et ses yeux bleus, elle croquait sa vie à pleines dents, contente d'être passée en première sans difficulté. Pourtant, Avril n'avait pas beaucoup d'amis, elle les choisissait avec soin et n'aimait pas les relations plates, sans aucune profondeur, sans communication que les jeunes avaient tant à cet âge. Sa tête d'ange contrastait avec son caractère parfois violent et emporté, son look étrange et son style de musique si particulier. Elle avait constitué son groupe à l'âge de quatorze ans ; elle jouait souvent des airs de guitare pour passer le temps et écrivait sans arrêt de nouvelles chansons. Johanna Samson et Peter Cameron, ses "partenaires", l'avaient toujours suivie. Ils savaient qu'ils pourraient compter sur sa présence si jamais ils avaient des problèmes. Jamais on n'avait vu de personnes aussi soudées. Ils étaient toujours ensemble, et ne lassaient pas de parler chansons, musique, accords et notes. Au lycée, même les pom-pom girls les plus populaires les enviaient : eux, au moins, avaient une passion qui pouvait prendre le dessus sur leurs problèmes.
Johanna Samson ressemblait un peu à Avril, la peau claire et l'air doux, mis à part ses cheveux bruns et ses yeux gris. Elle était d'un naturel très calme, mais avait énormément évolué depuis qu'elle avait intégré "The Damn Music", le groupe d'Avril, où elle jouait de la batterie. Peter la surnommait souvent Miss Délire, en rapport à son humour hors du commun.
Peter Cameron, quant à lui, était plus âgé et très grand, avait un nez droit et une peau très bronzée, ce qui, bien sûr, attirait beaucoup les filles qu'il repoussait constamment. Il était plutôt extravesti, et aimait beaucoup jouer du piano, son instrument favori. Il ne s'intéressait qu'à la musique et adorait passer son temps à plaisanter et à farfouiller le portable d'Avril, qui était toujours plein de surprises.
Enfin bref, l'équipe s'entendait à merveille, et ce depuis deux ans déjà, sans aucune dispute. Ils avaient décidé, d'un commun accord, que leurs répétitions se feraient chez Avril, qui avait des parents très cool et des cloisons très épaisses. Alors, presque tous les soirs après leurs cours, qu'ils aient des devoirs à faire ou non, ils se réunissaient, chantaient, jouaient, faisaient les fous dans la chambre d'Avril. Jusqu'à ce fameux jour, ce mercredi 28 septembre, où ils virent une affiche. Mais pas n'importe laquelle : celle de la DNT : la Découverte des Nouveaux Talents, un concours qui, cette année-là, passait à proximité de chez eux.
- Les gars ! s'exclama Johanna. Regardez un peu ça ! "Recherche de jeunes talents. Vous voulez vous faire une place dans la vaste famille de la musique ? Passez le casting de la DNT ! A gagner, une coupe de la DNT, une admission à un stage intensif de musique pour vous améliorer encore et approfondir votre technique, ainsi que la possibilité d'enregistrer un album." C'est fantastique !
- Je suis d'accord avec Johanna, confirma Avril. Je pense que c'est l'une des rares occasions qu'on aura : ça ne coûte rien de tenter notre chance.
- Hey, attendez ! Je ne sais pas si mes parents seront d'accord, intervint soudain Peter en fronçant les sourcils d'un air éloquent.
- Peter, commença Avril. Écoute-moi bien : si tu veux qu'on soit un de ces groupes qui ne passera jamais la case « répétitions dans le garage », c'est ton problème. Mais tu ne peux pas nous abandonner comme ça, on a besoin de toi, et puis... on va pas se garder toute la gloire pour nous ! fit-elle en rigolant.
- Si tu veux, j'écrirai une lettre de menace à tes vieux pour qu'ils te laissent t'inscrire, dit Johanna dont l'idée venait de traverser l'esprit.
- Bon, je ferai tout pour les convaincre sans lettre de menace, Miss Délire ! répondit précipitamment Peter.
- Alors, en piste ! Tout le monde va prévenir ses bons à tout de parents ! Et plus vite que ça ! coacha Avril.
Obéissant à l'ordre impérieux de leur amie, Johanna et Peter partirent chacun de leur côté en cherchant quels arguments ils pourraient servir à leurs parents. Avril les regarda s'éloigner en remontant distraitement son unique mitaine rayée bleue et noire. Elle repensa au concours en shootant dans des canettes vides en prenant tout de même soin de ne pas abîmer ses Converse toutes neuves. Sa mèche rose lui fouettait le visage à cause du vent qui persistait à être plus violent chaque jour. Un enregistrement d'album... son rêve. Elle qui se sentait si différente des autres, parfois même exclue [ bien qu'elle n'en souffre pas vraiment ], elle cherchait depuis longtemps à faire connaître sa particularité, son style, et finalement cette différence qui la poussait à aller toujours plus loin, à persévérer quoi qu'il arrive. Elle jeta un oeil à l'affiche qu'elle avait gardée : l'emblème du concours était un violon et une guitare sèche. Pourtant, il n'y avait ni guitare électrique, ni batterie, ni piano. Tant pis ! Il fallait bien essayer. Bref, Avril cheminait sans faire attention où elle allait, mais elle faisait tout un chemin psychologique. Où sa vie la mènerait-elle ? Elle se demandait si elle pourrait faire de la musique son métier. Après tout, elle ne vivait que pour ça. Ce serait fabuleux si elle avait un public à elle et son groupe, fidèle, admiratif...
Elle sursauta presque lorsqu'elle sentit son portable – le Sony Ericsson S500i noir – vibrer dans sa poche. Elle le sortit avec précaution de son slim noir et blanc et lut le message de Johanna :
« C'est dans la poche tite Rockeuse ! Mes parents ont été espantés quand je leur ai dit que je voulais m'inscrire. Ils ont pas calculé la moitié de ce que je leur ai dit, c'était délirant ! »
Presque aussitôt, elle reçut un autre message, de la part de Peter cette fois :
« Hey toi ! Tu vas pas me croire, j'ai assuré. Mes vieux sont tellement bons à tout qu'ils ont tout de suite dit oui... comme quoi j'avais de bons arguments ! Bisous DAMN ROCKEUZ' »
Avril était contente que ses amis aient l'accord parental, mais elle était très désappointée sur une chose : elle détestait qu'on l'appelle « Rockeuse ». En fait, ce n'était pas parce qu'elle ne l'était pas, mais parce qu'elle détestait être classée dans un groupe, associée à d'autres personnes, répertoriée, considérée comme normale, ordinaire. D'ailleurs, Johanna et Peter le savaient bien et faisaient tout pour la charrier.